À la découverte des régions reculées de l’ouest et du Grand Nord canadien

Durant l’été 2025, notre ambassadrice Louise Philipovitch et son partenaire Justin Roy-Brousseau sont partis pour trois mois. L’ultime objectif de leur voyage : une expédition sur la Canol Heritage Trail, une route abandonnée depuis la Seconde Guerre mondiale. Retour sur leur expérience.

Mots et photos : @louise_philipovitch

Peux-tu nous donner un peu de contexte pour comprendre ce qu’est la Canol Heritage Trail ?

C’est normal si ce nom n’évoque rien, car relativement peu de gens en ont entendu parler. Il s’agit d’un sentier situé dans les Territoires du Nord-Ouest, et qui traverse les Monts Mackenzie. C’est en fait une ancienne route de service qui faisait partie du Canol Project.

À l’origine, le Canol Project était un chantier colossal lancé pendant la Seconde Guerre mondiale. Après le bombardement de Pearl Harbor, les États-Unis craignaient pour leur approvisionnement en pétrole, vulnérable aux attaques japonaises. Ils ont donc imaginé un pipeline monumental reliant Norman Wells, une communauté isolée avec des réserves importantes en pétrole, à Whitehorse, en traversant la chaîne des monts Mackenzie. “Canol”, comme la contraction de Canada et Oil

Des milliers de travailleurs ont été mobilisés pour construire ce pipeline dans des conditions extrêmes. Mais une fois la guerre terminée, le projet est rapidement devenu obsolète. Le pipeline n’a été utilisé qu’environ un an avant d’être abandonné, jugé trop coûteux à entretenir.

L’armée américaine a quitté les lieux du jour au lendemain, laissant derrière elle véhicules, bâtiments, barils de pétrole, stations de pompage et même des objets du quotidien. Aujourd’hui, la Canol est un véritable musée à ciel ouvert. 

Dans quel état est la route aujourd’hui ?

Après des décennies d’abandon, la route est manifestement en très mauvais état. Les conditions climatiques et la réalité géographique de la région ont eu raison de nombreuses sections. Entre les crues printanières, les glissements de terrain et les vastes zones de tourbières, certaines portions ont complètement disparu. 

L’un des plus grands défis reste l’absence de ponts : tous ont été emportés par le courant au fil du temps. Pour franchir les rivières principales, il est nécessaire d’utiliser des embarcations gonflables, comme des packrafts. Cela ajoute une dimension supplémentaire à l’expédition, à la fois technique et logistique.

Pourquoi aller là-bas ? Qu’est-ce qui t’attirait dans cet itinéraire?

Absolument tout ! L’isolement extrême de cet itinéraire, le fait de devoir être en autonomie complète pendant plus de dix jours, et bien sûr sa dimension historique. Rouler sur la Canol, c’est traverser un territoire chargé d’histoires, bien au-delà de l’empreinte laissée par l’armée américaine. En effet, avant ce projet, ce passage était traditionnellement utilisé par les Sahtu Dene pour chasser et relier différentes communautés réparties de part et d’autre des mont MacKenzie. C’est donc un lieu profondément ancré dans l’histoire humaine, autant autochtone que plus récente.

C’était donc autant la promesse d’une aventure exigeante que la dimension historique et humaine qui nous ont donné envie de réaliser cette expédition avec Justin. 

Vous êtes partis trois mois. Peux-tu nous en dire plus sur l’ensemble du voyage ?

Mon partenaire et moi ne voulions pas partir à l'autre bout du Canada pour seulement deux ou trois semaines. La Canol était notre objectif final, mais nous avions surtout envie de prendre le temps d’explorer les régions isolées de l’Ouest et du Nord canadien.

Nous avons donc conçu un itinéraire de trois mois, en progressant à travers des zones de plus en plus reculées, de la Colombie-Britannique jusqu’aux Territoires du Nord-Ouest, en passant par le Yukon. Nous avons traversé l'Île de Vancouver, les montagnes des Chilcotin, celles des Shulaps, puis remonté la Dempster Highway jusqu’à Inuvik. 

L’idée était de nous préparer graduellement, autant physiquement que mentalement, à ce qui nous attendait sur la Canol, le dernier segment et la partie la plus engagée du voyage.

Comment vous êtes-vous préparés au niveau du matériel ?

Notre priorité est d’avoir du matériel résistant et fiable. Dans un environnement aussi isolé, un problème mécanique peut rapidement devenir critique. Il nous fallait donc absolument du matériel durable et en lequel nous avions pleinement confiance, afin de minimiser les enjeux mécaniques majeurs. 

Côté vélos, nous sommes partis avec un Taïga et un Boréal Pinion. Nous recherchions des vélos en acier, confortables et résistants, capables de supporter le poids du chargement et les contraintes du terrain. Des pneus larges étaient également essentiels pour affronter une grande variété de surfaces.

Pour nos sacoches, nous avons choisi les produits Arkel. Nous voulions quelque chose de 100 % fiable, offrant suffisamment d’espace pour toute la nourriture que nous devions transporter, tout en restant aussi léger que possible. Les sacoches Dry-Lite se sont révélées être parfaitement adaptées à nos besoins.

Avoir deux marques canadiennes avec nous pour cette expédition au Canada a rendu l’expérience encore plus spéciale.

Comment ça s’est passé ?

Comme dans toute aventure de cette ampleur, il y a eu son lot d’imprévus et de défis. Nous avons notamment fait plusieurs rencontres de très proche avec des ours, dont des grizzlys. Les traversées de rivières ont également été un gros défi : de fortes pluies avaient fait monter les niveaux d’eau, et le courant était souvent puissant et imprévisible.

Nous avons aussi manqué de nourriture à un moment, ce qui nous a forcés à rationner. La faim est vite devenue difficile à gérer, autant physiquement que mentalement. Avancer avec si peu d’énergie demandait un effort considérable.

À cela se sont ajoutés d’autres incidents plus inattendus, comme le jour où j’ai marché dans un nid de guêpes. Je me suis fait piquer plusieurs fois au visage, au point de ne presque plus pouvoir ouvrir l’œil gauche pendant quelques jours.

Malgré tout cela, l’aventure s’est remarquablement bien déroulée, surtout au vu des conditions. Nous avons été particulièrement chanceux : aucune chute, aucun problème mécanique. Sur un voyage de cette durée et dans un environnement aussi exigeant, c’est assez exceptionnel.

Nous sommes surtout très heureux d’avoir pu compléter la Canol Heritage Trail, ce qui est loin d’être garanti. Beaucoup de personnes s’y aventurent sans pouvoir aller au bout, contraintes d’abandonner et d’être évacuées en hélicoptère en raison de blessures, de bris mécaniques ou de conditions trop difficiles.

Comment se sent-on après un tel voyage ?

Avec un profond sentiment d’accomplissement. Nous sommes partis avec beaucoup d’humilité, sans savoir si nous serions capables d’aller jusqu’au bout.

Terminer ce parcours, c’était bien plus qu’un objectif sportif. C’était une manière de se confronter à l’inconnu, de s’adapter, et finalement, de découvrir de quoi nous étions réellement capables.