In the mind of a cyclist crossing Africa

The continent traverse

Text and photos by Samuel Roy

English version to come…

Voyager à vélo est le summum de la liberté. En plus de notre santé physique et mentale qui se réjouissent, notre portefeuille peut être épargné, c’est bon pour l’environnement et le rythme de ce moyen de transport permet de vivre chaque endroit que l’on traverse avec nos cinq sens.

Si ça grimpe, nos jambes vont le sentir, s’il pleut toute la journée, on n’y échappe pas, si les champs de lavande sont en fleurs, notre nez s’émerveille. Cette basse vitesse et cette vulnérabilité qui nous représentent en tant que cyclotouristes nous rendent aptes à rencontrer les locaux des pays que nous visitons, des gens à qui nous n’aurions probablement jamais parlé si nous étions passés en voiture. Ces personnes sont souvent curieuses et stupéfaites face à notre aventure. En pédalant, on se laisse guider par notre coeur, vivant un style de vie pur, minimaliste et gratifiant.

Un voyage en cyclotourisme est aussi l’occasion de réfléchir, on se retrouve soudain avec tout ce temps, cette liberté et cet espace mental dont les ressources sont trop souvent limitées à la maison. D’heure en heure, en pédalant, la tête tourne. Durant ce périple à travers le continent africain, du Caire à Cape Town, ce fut bien mon cas. Lorsque je n’étais pas distrait par les vitesses de mon ami qui font « cric crac » ou les dizaines de chameaux qui traversaient la route, je pensais à l’Afrique, aux pays que nous traversions, à toutes ces rencontres et défis mais surtout, je comparais ce beau continent à notre monde occidental.

Ce qui m’a le plus frappé sont les perspectives, opinions et préjugés déconnectés de la réalité que nous, les Occidentaux, avons par rapport à l’Afrique. Tout d’abord, au niveau géographique, l’Afrique est un continent, comme l’Europe ou l’Asie, et non un pays. Trop de gens traitent le continent africain comme étant une seule unité et pourtant, il comporte 54 pays avec des écarts culturels et environnementaux aussi différents que si on compare la Suède avec le Vietnam.

Dans le monde occidental, le peu de connaissances que nous avons sur l’Afrique s’explique souvent par le traitement des nouvelles par les des médias ou les organisations non gouvernementales qui oeuvrent là-bas. Qui n’a pas vu ou entendu parler des enfants qui souffrent de famines, des femmes qui marchent des kilomètres pour trouver de l’eau et des dictateurs maniaques et sanguinaires? Ces images ne sont pas fausses, mais l’Afrique n’est pas seulement cela. Il manque des morceaux au casse-tête pour révéler l’identité complète de ce magnifique continent. À plusieurs égards, l’Afrique va mieux qu’on le pense. On entend malheureusement peu parler des pays stables au niveau politique et économique comme le Botswana, de la gastronomie extraordinaire et unique de l’Éthiopie ou des coopératives fermières du Malawi. La raison est simple, ça ne vend pas. Ces informations n’ont pas le potentiel de faire la couverture du journal. Alors les médias nous parlent des génocides et atrocités pour faire la une et les ONG nous sollicitent pour aider les communautés en difficulté.

C’est au Soudan, le pays de notre itinéraire pour lequel le plus de gens m’ont prévenu que j’ai été témoin d’une réalité opposée à mes attentes initiales. En plus de me sentir en sécurité en tout temps, j’y ai rencontré des gens heureux, chaleureux, accueillants et généreux. Un jeune homme dans la vingtaine et son petit frère que j’ai croisés sur la route m’ont invité dans leur modeste maison familiale pour partager un délicieux repas local et me parler de leur vie et de l’islam, une expérience humaine mémorable.

Bien entendu, l’Afrique n’est pas toute grise ou toute rose, et pour comprendre les enjeux actuels, il suffit de creuser un peu son passé historique. Initialement, plusieurs ports africains servaient surtout d’escales pour les navires parcourant la route des épices entre l’Europe et l’Asie. Plus tard, on s’est intéressé aux abondantes ressources du continent ainsi qu’au lucratif marché des esclaves. Habité par des populations locales depuis des siècles et des siècles, le continent africain fut colonisé, tout comme l’Amérique, par les puissants pays européens tels que la France, le Royaume-Uni, le Portugal et les Pays-Bas. Les empires européens ont ensuite tracé des frontières à main levée sur une carte, créant des pays et territoires divisés par des ressources et non par les ethnicités déjà présentes. C’est là que le pétrin a commencé.

L’Afrique actuelle est composée de pays qui renferment eux-mêmes plusieurs tribus différentes, pensons au Nigeria ou au Congo par exemple. Des tribus présentes bien avant l’arrivée des blancs et qui ont des cultures complètement différentes, des religions qui n’ont rien en commun, certains sont nomades, d’autres sédentaires, leurs langues respectives ne leur permettent pas de communiquer entre eux et certaines tribus entretiennent depuis longtemps de féroces rivalités l’une contre l’autre. Plutôt difficile de créer un sentiment nationaliste solide quand soudainement ces nombreux groupes ethniques sont supposés cohabiter dans un même pays, sous le même gouvernement et tous s’identifier et se reconnaitre en tant que Somaliens ou Zimbabwéens.

Encore aujourd’hui, l’effet de ces frontières mal établies se fait sentir. Plusieurs gouvernements sont divisés verticalement, par ethnicité, plutôt qu’horizontalement, par idéologie. Ainsi, même dans un pays démocratique, c’est souvent le gouvernement originaire de la tribu la plus nombreuse du pays qui est élu et les autres groupes ethniques sont donc oppressés, d’où la raison des innombrables guerres civiles.

Enfin, le sort de l’Afrique est entre les mains des Africains, ceux qui connaissent et comprennent leur continent. Maintenant indépendants, ces nombreux pays récupèrent progressivement et à leur manière aux conséquences laissées par la colonisation. C’est d’ailleurs un continent infiniment plein de positif, il suffit d’aller y faire un tour pour le vivre, peu importe le pays. Les Africains possèdent des qualités et valeurs d’humanité. Vous serez saisis à quel point les gens sont chaleureux et leurs habiletés sociales aiguisées. Ici, on se regarde encore dans les yeux, tout le monde se salue et se serre la main. Tout est plus ressenti et immédiat; l’amour, la guerre, la famille, la vie, la mort, la nature. C’est ce qu’on vit en voyageant à vélo à travers l’Afrique. #thisisafrica