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Expédition transboréale avec Samuel Lalande Markon

 

À l’hiver 2023, notre ambassadeur Samuel Lalande-Markon a entrepris la traversée intégrale du Québec du sud au nord, à vélo et en ski, dans le cadre de l’Expédition Transboréale. Parti de la Montérégie le 1er février, il est arrivé à la Longue-Pointe de Chisasibi 15 jours plus tard avec 1585 km au compteur. À partir de là, il a skié le long de la banquise côtière de la baie d’Hudson sur 1380 km, en compagnie de Simon Pierre Goneau, pendant près de deux mois. Nous nous sommes entretenus avec cet aventurier qui n’a pas froid aux yeux pour en apprendre un peu plus sur la partie vélo de l’expédition.

 

"Au jour 3, alors que je roulais sur l’accotement de la 117 au nord de Mont-Tremblant, le thermomètre est descendu à -32, et le ressenti, à -48.»

Q – Samuel, pourrais-tu nous présenter un peu plus en détail l’itinéraire de la partie vélo ?

Samuel : L’objectif de l’expédition était de rallier les extrémités sud et nord du Québec. Le 1 er février 2023, je me suis rendu à la borne frontalière 720 située sur un terrain privé au sud d’Huntingdon. Une petite équipe tournage de trois personnes, accompagnée de mon partenaire Simon-Pierre Goneau, m’a reconduit sur place en véhicule, ce qui m’a évité de partir de chez moi à vélo.

Le premier défi était d’enjamber le fleuve Saint-Laurent, puis la rivière des Outaouais sans avoir à repasser par Montréal. J’ai traversé le premier via l’île de Salaberry, la seconde à Hawkesbury. Mon plan initial était d’utiliser le pont de glace à Oka, mais les conditions météorologiques n’étaient pas au rendez-vous cet hiver-là. Après Hawkesbury, j’ai utilisé principalement la 327, parfois très abrupte, pour gagner Mont-Tremblant. Le reste du chemin était assez direct, sur la 117 jusqu’à Val-d’Or en passant par le parc de La Vérendrye, la 111 puis la 109 jusqu’à Matagami. Rendu là, j’avais déjà un bon 850 km dans les jambes. J’ai ensuite pédalé un autre 900 km, principalement sur la route Billy-Diamond, anciennement nommée route de la Baie-James, puis sur la route de Chisasibi. Peu avant la communauté crie, j’ai suivi une route secondaire, la route de la Longue-Pointe, qui permet d’accéder aux glaces de la baie James d’où débutait la partie ski.

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Q – La borne 720 est un lieu énigmatique, peux-tu nous en parler d'avantage ?

Samuel : Techniquement, la frontière sud du Québec suit le 45 e parallèle, mais en réalité, le tracé bifurque à plusieurs endroits. Selon la légende, les arpenteurs — imbibés d’alcool — se seraient laissés convaincre de placer les bornes à des endroits qui favorisaient certains propriétaires au détriment de d’autres. L’une d’elles, à 44,99136 degrés de latitude, est située nettement sous les autres. On y accède en marchant dans un boisé le long de la rivière Châteauguay, sur un terrain privé.

Simon-Pierre s’y était rendu en 2020 et avait conservé le contact du propriétaire, à qui nous avions demandé l’autorisation. Quelques maisons anciennes sont situées le long de routes désormais fermées, rappelant une époque pas si lointaine où on pouvait traverser allègrement du Québec aux États-Unis sans passer par les postes frontaliers…

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Q – Simon-Pierre Goneau a réalisé la portion vélo de l’expédition en 2020 à bord d’un fatbike Torngat de Panorama. Est-ce que son expérience t’a été utile dans ta préparation ?

Samuel : D’abord, il faut savoir que Simon-Pierre avait tenté de réaliser l’intégralité de la traversée du Québec, incluant la partie hors route après Chisasibi, uniquement en fatbike. Nous nous étions parlé en 2019 d’ailleurs, alors qu’il préparait ce grand périple et moi, la traversée de la Route blanche. Les recherches qu’il avait faites à l’époque nous ont été fort utiles. Je pense notamment au contact du propriétaire du terrain où est située la borne 720, mais également à quelques obstacles sur la route qu’il avait identifiées. Par exemple, le pont Laroque, qui permet d’accéder à l’île de Salaberry via la 132, ne dispose pas d’accotement sécuritaire. J’ai donc fait comme lui en 2020 et j’ai demandé une escorte policière ! Simon-Pierre avait également compilé des informations précieuses sur l’itinéraire après Chisasibi ainsi que des contacts dans la communauté crie. Hélas, les conditions plus difficiles que prévu et l’incertitude liée à la pandémie l’ont contraint à mettre une pause à son projet peu avant d’arriver à la baie d’Hudson.

 

Q – Peux-tu nous parler plus spécifiquement de ton choix d’équipement ?

Samuel : Contrairement à Simon-Pierre qui avait opté pour un fatbike équipé de pneus de 4,5 pouces en prévision de la partie hors route, je voulais privilégier un vélo un peu plus roulant. Mon plan initial était de partir avec un Taïga EXP, puis Simon Bergeron, le propriétaire de Panorama Cycles, m’a proposé d’utiliser le nouveau modèle de Panorama, le Boréal (petit clin d’œil à l’expédition Transboréale !), un ATB avec boitier de vitesses internes Pinion intégrées directement dans le pédalier. Ça venait répondre à un des problèmes majeurs du cyclisme hivernal : l’effet dévastateur du sel, du gel et du dégel sur la transmission. Pour donner une idée, Simon-Pierre avait dû changer la chaine de son vélo à Val-d’Or en 2020, au tiers de l’itinéraire. La dernière chose que je voulais était de commencer à jouer avec la mécanique de mon vélo sur le bord de la route à -30…

Avec la technologie Pinion, la cassette est protégée des éléments et la courroie Carbon Drive, en plastique renforcée de carbone, ne corrode pas comme une chaine standard en acier. C’est un avantage majeur. Par ailleurs, la géométrie stable et confortable est parfaitement adaptée aux parcours tout-terrain et répond bien au chargement. Finalement, le seul souci mécanique que j’ai éprouvé a été la perte d’une vis de la cale de ma botte de vélo. Petit incident aisément mitigé par le fait que j’avais une pédale hybride avec un côté plat.

"Je suis rentré dans un Tim Hortons sur l’heure du lunch et lorsque j’ai enlevé mon manteau, j’ai constaté qu’il était incrusté de glace !"

 

Q – Parlons de ton habillement justement. Comment est-ce que tu composais avec les aléas de la météo ?

Samuel : Jusqu’à la fin janvier, l’hiver avait été particulièrement doux. Puis, au moment de partir, une vague de froid intense s’est abattue sur l’ensemble du Québec. Au jour 3, alors que je roulais sur l’accotement de la 117 au nord de Mont-Tremblant, le thermomètre est descendu à -32, et le ressenti, à -48. Comme je disposais de peu de marge de manœuvre à l’horaire, je n’ai pas eu d’autre choix que de continuer à progresser. Ce jour-là, j’ai mis deux masques en néoprène sur mon visage, en plus de mes lunettes de ski et de mon casque Blivet. Pour le reste du corps, il est facile de surchauffer même à des températures très froides. J’ai utilisé une combinaison de vêtements 7mesh, dont un Anorak Chilco en WTV (Wind Thermal Ventilation) et une coquille Skypilot imper-respirante en Gore-Tex. Mais avec ce froid, le matériau performait mal. Je suis rentré dans un Tim Hortons sur l’heure du lunch et lorsque j’ai enlevé mon manteau, j’ai constaté qu’il était incrusté de glace !

Avec des températures légèrement plus douces, j’ai roulé uniquement avec une couche de base et le Chilco. Le WTV consiste en une fibre polaire avec un tissage serré à l’extérieur qui coupe juste assez le vent, tout en permettant d’évacuer la transpiration. C’est un matériau extrêmement polyvalent, parfaitement adapté aux activités à haute intensité par temps froid. D’ailleurs, Simon-Pierre a utilisé le même chandail pour la majeure partie de la portion ski de l’expédition. L’équipe de 7mesh était elle-même surprise de la performance remarquable du Chilco dans des températures aussi extrêmes. Avec la technique d’habillement en multicouche, il est plus facile de contrôler le niveau d’isolation afin de rester le plus sec possible. Au moment d’arrêter, on enfile une doudoune chaude et le tour est joué.

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Q – Et pour les extrémités, comment fonctionnais-tu ? Est-ce que tu utilisais des moufles de type pogies ?

Samuel : Par le passé, je n’ai pas eu une expérience entièrement satisfaisante avec des pogies dans le cadre d’expéditions de plusieurs jours. Sur la Route blanche, mes moufles ont accumulé beaucoup d’humidité et éventuellement, mes manettes de vitesse ont gelé. Je sais que des modèles permettent aussi la ventilation, mais personnellement je privilégie maintenant de grosses mitaines que j’enfile le matin au moment du départ ou après les pauses et que j’enlève dès que ma température corporelle s’est régulée au profit de gants plus fins qui offre une meilleure dextérité. Je me suis fait coudre des mitaines d’expédition Plunge Mitts par Wintergreen qui répondent parfaitement à mes besoins et que je peux en plus porter au campement le soir. Pour les pieds, j’avais des bottes doubles 45NTH avec des cales. Comme c’était un itinéraire avec un relativement gros volume de kilomètres, le fait d’avoir dans les pieds une botte qui s’apparente à des chaussures de vélo au niveau de la rigidité représentait un avantage.

Q – Au niveau de la logistique, notamment pour le camping et les ravitaillements, comment faisais-tu ?

Samuel : Jusqu’à Mont-Laurier, j’ai pu trouver des hébergements, mais pour le parc de La Vérendrye, et la plupart des sections après Amos, je dormais sous la tente. J’ai réussi à limiter le volume de mon équipement et à tout rentrer dans un mélange de sacoches de cyclotourisme traditionnel et de sacs de bikepaking. J’ai la chance de collaborer avec Arkel depuis quelques années et j’étais fier d’utiliser presque exclusivement des équipements québécois. Pour limiter le poids, j’avais choisi un sac de couchage -18 que je doublais avec mes pantalons en duvet et ma doudoune au besoin. Après Matagami, il y a de nombreuses options de camping sur le bord de la route, dans quelques-unes des haltes routières, où peu importe où l’envie nous prend. J’ai eu la visite de renards et un matin, je me suis rendu compte que j’avais oublié de la nourriture dans mon Rollpacker. Un ami indésirable en a profité pour me subtiliser quelques barres et un sachet Happy Yak ! Fort heureusement, à mi-chemin de la route Billy-Diamond, le relais 381 permet de se réapprovisionner. D’ailleurs, je m’étais envoyé avec le service Expedibus une boite de nourriture et de carburant que j’ai pu récupérer une fois sur place.

Q – Quel souvenir gardes-tu de la partie vélo de l’expédition ? Est-ce un itinéraire que tu recommanderais ?

Samuel : C’était la quatrième fois que je pédalais dans le territoire d’Eeyou Istchee Baie-James, après les expéditions Transtaïga en 2018 et en 2021, puis la traverse de Radisson à Chibougamau que j’ai effectuée comme entrainement avec Simon-Pierre, et je suis tombé à nouveau sous le charme. Le Nord à vélo, c’est l’immensité, la solitude, le silence, les extrêmes. C’est aussi la rencontre avec les cultures autochtones nordiques, les conducteurs de camion, les voyageurs atypiques, une foule joyeusement bigarrée qu’on rencontre parfois sur le bord de la route ou autour d’un café dans un des rares relais routiers. Il y a aussi une forme de simplicité, alors qu’on peut suivre la même route sur des centaines de kilomètres sans jamais consulter son GPS. Côté logistique, c’est relativement simple aussi. L’axe Montréal-Chisasibi est desservi par un autobus deux fois par semaine, ce qui facilite grandement les déplacements motorisés. En fait, je suis surpris que si peu de cyclistes s’aventurent dans le nord du Québec. Je pense que c’est un vaste terrain de jeu qui mérite d’être mieux connu et qui offre aux Québécois la possibilité de renouer avec leur territoire.

                                                                                          Pour suivre les aventures de Samuel

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                                                                                       Crédits photos : Marie-France L'Ecuyer

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