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True North Expedition

An unfinished adventure

Text and photos by Simon-Pierre Goneau
The expedition took place during winter 2020

English version to come…

Je suis un rêveur. Je vis à temps partiel dans ma tête, déconnecté du monde qui m’entoure. Des idées, j’en ai des bonnes, des mauvaises… surtout des mauvaises. En moyenne, mes idées subsistent quelques secondes avant d’être emportées par le flot de mes pensées. Croyez moi, c’est mieux ainsi, étant donné toutes les stupidités qui me passent par l’esprit. Quelques idées par contre, bonnes et moins bonnes, jettent l’ancre dans l’abîme de mes neurones et résistent aux tempêtes qui font rage dans ma tête.

Alors que je n’avais pas encore franchi le cap de la trentaine, j’ai eu l’une de ces idées un peu stupides. Une “bulle au cerveau”, comme je dis souvent avec une pointe d’humour. Celle-ci s’est ancrée solidement au point de devenir un rêve, pour ne pas dire une obsession: effectuer, à vélo, la première traversée intégrale du Québec dans l’axe nord-sud. Aussi simple que cela puisse paraître, il m’a fallu près de 12 ans avant de mettre en place les morceaux du casse-tête et d’avoir un niveau de confiance suffisant pour oser entreprendre le projet. La raison est simple, la route ne fait que la moitié du chemin. L’autre moitié devant être improvisée à travers la taïga et la toundra du nord du Québec.

Le 15 février 2020, après des années à imaginer cette aventure, je quitte enfin la borne marquant le point le plus au sud du Québec. Seul sur mon fatbike chargé de près de 100 livres d’équipement, j’ai devant moi 1500 km de route jusqu’au village de Chisasibi, puis 1300 km sur la banquise et la côte de la Baie d’Hudson avant d’atteindre le point le plus au nord du Québec. Un défi immense, surréaliste même, que j’entends compléter en 10 à 12 semaines. Malgré des mois intenses à préparer, planifier et m’entrainer, ce n’est qu’avec les premiers coups de pédale que je réalise toute l’ampleur du projet dans lequel je me suis investi.

Les premiers jours passent sans incident majeur. Valleyfield, Oka, Lachute, Mont-Tremblant, Mont-Laurier… j’enchaîne rapidement les premiers 250 km avec bonheur… je réalise enfin mon rêve. Malgré certaines craintes, ma cohabitation avec le trafic routier se passe bien. Je mets en application toutes les initiatives possibles afin de garder une distance sécuritaire avec les véhicules, quitte à faire un arrêt et me ranger dans le banc de neige lorsque l’accotement n’est pas sécuritaire. Ces arrêts fréquents me ralentissent, mais je ne peux laisser aux autres la responsabilité d’assurer ma sécurité. Le seul imprévu est la météo. Celle-ci s’annonce plus chaude que la normale pour cette période de l’année. Les températures douces et le soleil font fondre la neige sur la chaussée et tout, du vélo à l’équipement, en passant par mon habillement, se couvre d’une couche de calcium. La transmission du vélo en souffre plus particulièrement. Cette dernière résonne comme un moulin, concassant les grains de sel qui s’y font projeter. Malgré les nettoyages fréquents (dont un dans un lave-auto!!), un remplacement de chaîne devient indispensable après la première semaine seulement.

Au quatrième jour, une légère irritation cutanée commence à se faire sentir là où mes fesses contactent la selle. Je débute tout juste ma traversée de la Réserve faunique La Vérendrye et, poussé par l’adrénaline et la joie d’être sur le vélo, je me convaincs que ce n’est rien de très grave… J’ai déjà eu de tels symptômes et je m’en suis toujours remis rapidement. J’avance donc tête baissée malgré l’inconfort. Les journées suivantes me prouveront à quel point j’avais tort… C’est avec des plaies infectées et un mal atroce que je rejoins Val d’Or où je m’oblige à prendre une journée de repos. J’en profite pour me procurer une crème antibiotique, une nouvelle selle et travailler ma position sur le vélo.

Avec une douleur moins intense mais toujours présente, je rejoins tant bien que mal Matagami, où débute la route de la Baie James (RBJ) le 24 février. En y arrivant, je suis soulagé d’apprendre qu’une tempête de 25 cm avec de forts vents et de la poudrerie est annoncée pour les trois prochains jours. En effet, cette trêve forcée sera l’occasion idéale pour guérir mon postérieur avant de continuer mon chemin sur cette route isolée où circulent peu de véhicules en comparaison avec les routes du sud.

Comme les cyclistes sont rares en hiver sur cette portion du territoire, je me fais rapidement remarquer par les habitués de la RBJ. Les Cris, qui utilisent cette dernière pour voyager entre les communautés, semblent faire grand cas de ma présence et passent le mot sur les réseaux sociaux. Du jour au lendemain, j’ai droit aux klaxons d’encouragement et aux pouces en l’air. Les véhicules ralentissent par mesure de sécurité et les enfants baissent leur vitre pour me saluer. Plusieurs s’arrêtent pour s’assurer que je vais bien, s’informer de mes projets ou tout simplement pour discuter un peu. On m’offre généreusement à boire, à manger… Moi qui croyait vivre ici mes premiers moments d’isolement, toute cette attention me procure une énergie qui surpasse les calories que contient mon menu quotidien.

Il me faudra 7 jours pour parcourir les 686 km qui séparent Matagami de la communauté Crie de Chisasibi, aux abords de la Baie James. J’y arrive le 5 mars, heureux d’enfin conclure la portion routière de mon périple. Devenu malgré moi la sensation du moment, un petit comité d’accueil me souhaite la bienvenue à l’entrée du village. On m’invite à la radio communautaire et le journal local souhaite écrire à mon propos. Des enseignants me proposent de rencontrer les élèves des écoles primaire et secondaire. Porté par l’enthousiasme qui m’entoure, je réponds présent à ces demandes et profite de l’expérience.

J’en oublie presque que je n’en suis qu’à la mi-chemin de mon aventure. Avant par contre d’aller plus loin, je me dois d’obtenir le plus d’informations possible auprès des anciens de la communauté, qui connaissent ce territoire mieux que quiconque. On me fait rapidement comprendre que mon projet est accueilli par certains avec scepticisme. Qu’un inconnu veuille parcourir ce territoire seul, en vélo et pendant l’hiver est jugé inutile et risqué, pour moi et ceux qui auraient à me porter assistance en cas de besoin. Ces préoccupations me valent d’ailleurs une convocation auprès du Chef de la communauté où sont également présent des membres des premiers répondants locaux. Je ne m’offusque par contre pas de cette initiative, bien au contraire. Cette démarche est à mes yeux une extension de la générosité et du sens de la communauté qui sont au coeur de la culture Crie. Attentif et compréhensif face à leurs préoccupations, je leur fais part de mon expérience, de ma préparation. Je leur explique mon projet, mes motivations. J’ai des enfants, des responsabilités et une vie à vivre. Je répète à qui veut l’entendre: je ne suis pas ici pour agir en casse-cou. Si la situation l’impose, je prendrai les décisions nécessaires pour assurer ma sécurité et celle des autres, et ce, je m’en fait un point d’honneur. Une confiance mutuelle finit par s’installer.

Je dois avouer que tout cela est facilité par le support inconditionnel que j’ai d’une membre influente de la communauté. Nous nous sommes rencontrés sur les réseaux sociaux pendant ma préparation et nous connaissons à peine, mais elle croit en moi et en mon projet. Grâce à elle et aux membres de sa famille, j’obtiens beaucoup d’information sur le terrain, la faune et les conditions à anticiper. Ces conditions, on me le répète souvent, ont beaucoup changé au cours des dernières années. Certains cours d’eau ne gèlent qu’en partie, d’autres plus du tout. La neige est aussi plus molle qu’autrefois. Je comprends finalement que cette imprévisibilité imposée par dame nature est à la source des inquiétudes à mon sujet. Des gens de la communauté, ayant pourtant l’expérience du terrain, en ont récemment payé de leur vie.

Je reprends mon chemin après quelques jours à Chisasibi. Mon équipement n’est désormais plus le même. Mon traîneau a remplacé les sacoches tandis que je troque mon casque pour une arme à feu, qui me servira en cas de rencontre avec un ours polaire. J’aborde un sentier de motoneige qui fait son chemin le long de la Baie James. Celui-ci couvre les 85 premiers kilomètres et devrait me permettre de rapidement et sécuritairement rejoindre la Baie d ’Hudson, 115 km plus au nord. Après seulement quelques kilomètres sur la baie, alors qu’un squall de neige réduit momentanément la visibilité, je bifurque sans m’en rendre compte sur un sentier secondaire. Me retrouvant en fin de journée beaucoup trop à l’est, je suis contraint de couper franc-ouest entre les îles de la baie sur 7 km afin de reprendre le bon chemin. Cette petite balade hors sentier me donne un premier aperçu des conditions qui m’attendent dans quelques jours. On m’avait prévenu, la neige n’est plus aussi dure qu’elle l’était. Il me faudra 4 heures pour parcourir ces 7 km… un rythme plus lent que mes prévisions les plus pessimistes.

La journée se termine comme d’habitude au téléphone satellite, avec l’appel quotidien à ma famille. Alors que je parle à mon garçon, il éclate en sanglots. Je suis incapable de le consoler. Au bout d’un moment, ma conjointe lui retire doucement le téléphone et tente de me rassurer: il s’ennuie, c’est tout. Moi aussi, je m’ennuie. Bien que ce ne soit pas la première démonstration de tristesse lors de nos échanges quotidiens, celle-ci vient me chercher droit au coeur.

À mon réveil, le lendemain matin, le thermomètre indique -30°C. Au moins, le soleil est de la partie. Aujourd’hui, la faune se fait de plus en plus présente: lagopèdes des neiges, lièvres, des traces d’orignaux, de lynx et de loup. Le paysage change avec chaque coup de pédale: je traverse de grandes étendues d’eau gelées, j’emprunte des sections boisées… Je fais même incursion sur le territoire du Nunavut. En effet, toutes les îles qui longent la côte du Québec sur la Baie James et la Baie d’Hudson en font partie. Le sentier est un peu plus mou que la veille, mais ma progression de 37 km est tout de même encourageante.

Ce soir, je redoute pour la première fois mon appel à la maison. Je ne souhaite pas que celui-ci se termine de la même façon qu’hier. Cette fois par contre, les émotions ne sont pas ce qui retient mon attention. C’est plutôt ma fille qui me parle d’écoles fermées, de paniers d’épicerie pleins à craquer et de pénurie de papier de toilettes… ???… Lorsque je parle enfin à ma conjointe, je prends connaissance des mesures d’isolement et des bouleversements qui s’annoncent dans les semaines à venir.

Je me ressaisis malgré tout et entreprend ma troisième journée hors-route. Mon état d’esprit est amoché, certes, je me dis que c’est un mauvais moment à passer et que tout finira par s’arranger. Du haut d’une colline, j’aperçois au loin le Cap Jones et ses installations datant de la guerre froide. La Baie d’Hudson est juste là, je peux presque la sentir. Au prix d’un effort incroyable, je réussis à parcourir 32 km avant la fin de la journée. Le sentier de motoneige que j’utilise depuis trois jours s’arrête juste devant moi. À partir de maintenant, je devrai me faire ma propre trace.

Avec le crépuscule arrive l’heure des bilans. Il me reste 130 km avant d’atteindre Kuujjuarapik et 9 jours de nourriture. J’ai passé ma journée à calculer et recalculer le nombre de kilomètres que je pense parcourir dans les prochains jours, mais l’équation ne balance pas. Ces 7 km faits hors sentier en 4 heures deux jours plus tôt sont maintenant un paramètre que je ne peux ignorer. En m’y basant, je ne peux espérer faire mieux que 15 ou 20 km par jours à partir d’ici, sans compter les prévisions des deux prochaines journées, où des vents de 70 km/h sont annoncés du secteur nord. Le doute s’installe: suis-je capable de couvrir la distance avec les vivres que j’ai? Depuis Chisasibi, ma plus grande crainte est désormais d’être forcé à demander l’aide des communautés locales. Je crains qu’une telle demande soit perçue comme un appel au secours.

Au bout du compte, il faut savoir se fier à son instinct. Le mien me dit que continuer n’est pas la plus sage des décisions. Rebrousser chemin n’est jamais facile et dans le cas présent, je sais que j’aurai pour longtemps à assumer un arrière goût d’abandon. Moi qui entreprends cette aventure au nom de la persévérance… la menace n’est pourtant pas imminente. Je ne manque pas encore de nourriture, aucun membre de ma famille n’est malade et l’ennui n’a jamais tué personne.

Le lendemain pourtant, je prends mon courage à deux mains et pointe mon vélo en direction opposée. Les forts vents annoncés m’étant désormais favorables, je reviens sur mes pas en deux jours plutôt que trois. Ces deux journées à battre en retraite m’aident à digérer la situation et retrouver une paix intérieure.

Mon aventure tire à sa fin et les dernières heures, remplies d’émotion et d’admiration pour ce paysage que je ne reverrai pas de sitôt, resteront gravées dans ma mémoire comme le plus beau moment de l’expédition.

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